Cette révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Rueil-Malmaison se fait au moment des négociations finales desplu_logo Etats dans le cadre de la COP 21.

Avec cet outil règlementaire qu’est le PLU, c’est vraiment l’occasion de montrer que la prise de conscience est enfin là, que nous devons tous agir, élus et citoyens, à tous les niveaux, pour réduire notre impact sur la biodiversité, sur la production de CO2 et de gaz à effet de serre.

C’est à cette condition que nous serons fiers devant les générations suivantes, d’avoir participé à construire la ville de demain, active, fluide et respirable.

L’éco-quartier, objet de cette révision, sera construit entre 2016 et 2025. Dans les écrits et les présentations publiques de ce projet d’urbanisme, on nous promet innovation et ambition. Je les trouve parfois bien timides par rapport aux enjeux! Je propose d’ajouter anticipation.

La RT 2012 sera vite obsolète ! On aurait pu exiger pour ce quartier la RT 2020 pour des Bâtiments à Energie Positive « BEPOS », qui impliquent plus les usagers car leur comportement sobre impacte directement le calcul de ce label. Les solutions technologiques ne sont pas les seules à être mises en avant, le comportement de chacun a un effet. Cette exigence serait logique dans une communauté d’agglomération qui a été distinguée cette année « TEPOS » Territoire à Energie Positive …..

Certes, pour l’instant cela entraîne un léger surcoût à la construction, mais qui va s’atténuer au fur et à mesure de la demande, de la mutualisation des chantiers et des avancées technologiques sur les matériaux de construction et de production d’énergie renouvelable. Mais grâce ensuite à des coûts d’exploitation beaucoup plus faibles de tels bâtiments auront plus de valeurs à l’avenir ! Ce devrait même être une priorité pour les logements sociaux, les charges locatives liées à l’énergie seraient ainsi très faibles pour les familles à petit budget.

Après la lecture des documents disponibles, voici quelques remarques :

– Dans les « Orientations d’Aménagement et de Programmation », on peut lire la liste de ce qui est prévu pour limiter au maximum l’impact du quartier sur l’environnement en terme de déplacements, d’énergies, de gestion de l’eau, de déchets, avec de belles intentions mais pas toujours suffisamment chiffrées. J’encourage les aménagements prévus pour la collecte et la valorisation des déchets fermentescibles des habitants, mais il faudrait inclure dans cette démarche, les différents secteurs d’activités y compris le marché des Godardes ! L’innovation technologique doit être recherchée bien sûr, sans être un but en soi, mais après avoir vraiment fait le bilan. Or par exemple, on voit clairement que la décision est déjà prise pour une collecte pneumatique des déchets. Pour ma part, d’après d’autres expériences, j’ai de gros doutes sur le bien fondé de ce système.

  • Pour un projet-pilote, la Ville pourrait proposer un bail emphytéotique sur un terrain lui appartenant, à un bailleur très social ou à un groupe porteur d’un projet d’habitat coopératif. Si le coût du foncier est réduit, ce type de projet sera facilité et favorisera la mixité sociale innovante.
  • Il est noté que les rez de chaussée auront d’autres destinations que l’habitat. Mais il serait pourtant très utile d’en réserver une partie pour loger des personnes à mobilité réduite et pour des appartements thérapeutiques. Il y a déjà un gros besoin de ces 2 types de logement (voir l’Analyse de Besoins Sociaux)
  • Il serait préférable de limiter les clôtures : pour la libre circulation des espèces protégées comme les hérissons, et pour atténuer l’effet fort désagréable d’enfermement de chaque résidence. Dans d’autres écoquartiers, on voit très peu de clôture, plutôt des clôtures végétales permettant une circulation fluide d’un espace à l’autre.
  • En raison des résidus contenus dans les sols pollués, il faudra porter une grande attention au choix des parcelles quant aux usages prévus, en particulier pour les terrains destinés aux équipements « petite enfance » et les sols destinés au jardinage.
  • Je rappelle que la Ville est signataire de « la Charte de l’Eau », elle devra porter une attention particulière à traiter au maximum les eaux de ruissellement des espaces publics avant le rejet vers les collecteurs, par exemple par des noues plantées pour la décantation et filtration des eaux pluviales venant des chaussées. Il est noté que l’imperméabilisation des sols passerait de 86% à moins de 70%.
  • L’Avis de l’Autorité Environnementale en Préfecture, transmise en juin 2015 préconise de vérifier que les espaces verts prévus dans le projet assurent des continuités vers les espaces verts voisins.
  • Article 9 : Je suis étonnée qu’il soit ne soit pas prévu de règle dans le PLU concernant le coefficient d’emprise au sol. En limitant cette emprise, on favorise les zones de pleine terre, mais on doit construire en hauteur, ce qui peut limiter l’impression de densité du quartier. Je reconnais que c’est là toute la difficulté pour trouver le bon compromis entre satisfaire d’une part les besoins de logements et d’activités, les critères de développement durable, et d’autre part le modèle économique du projet immobilier.
  • Article 10 : Dans la zone UAf1, il est noté la volonté de prévoir des «repères dans le paysage urbain, un signal architectural » et donc le règlement autorise des suppléments de hauteur pouvant aller jusqu’à 38 m au faîtage pour des bureaux ! Mais je considère qu’on peut faire un « geste architectural », proposer un élément marquant, une forme, un matériau qui attire l’oeil sans pour autant chercher à élever toujours plus haut des bâtiments. Ce que les riverains et les utilisateurs de ce nouveau quartier retiendront, c’est une ambiance générale, une harmonie visuelle, donc sans bâtiment si haut, cachant lumière, soleil, possibilité de vue environnante. D’après les expériences de concertation, en impliquant les habitants, on sait que cela peut éviter des conflits ultérieurs. Dans le cas présent, à plusieurs reprises, à différents moments de la concertation engagée, les habitants ont signifié qu’ils refusent de telles hauteurs !
  • Article 12 : Au niveau du stationnement, je note un effort de baisse du nombre de places de parking par rapport à d’autres quartiers de Rueil, mais malgré cette volonté affichée, je trouve qu’il en est exigé encore beaucoup trop. Leur construction en sous sol coûte très cher et impacte le prix final des bâtiments. Si les spécificités de mobilité d’un écoquartier sont respectées, avec de nombreux transports en commun fiables, location et partages de voitures, circulations douces facilitées, les résidents, les salariés, tous les utilisateurs de ce quartier n’auront pas besoin de tant de parkings! Et les emplacements de rangement et stationnement de vélos sont encore clairement insuffisants. C’est du devoir des élus d’anticiper les modes de vie futurs !

Cécile Alavoine-Berthaud