Le 11 septembre 2015 j’ai participé à la manifestation organisée à Barcelone en faveur de 20150911_181047 20150911_170741 20150911_170756 20150911_175607 20150911_181820l’indépendance de la Catalogne. Elle a rassemblé officiellement 1,4m de manifestants soit 18% de la population de cette région autonome d’Espagne. Cela équivaudrait à une manifestion de 11m de personnes en France…

C’est la 4ème année consécutive que la société civile s’organise pour manifester en faveur de l’indépendance de la Catalogne et jusqu’à présent le gouvernement central espagnol a employé tous les moyens légaux pour empêcher un référendum de se tenir sur ce sujet.

Mais la situation est peut-être en train de basculer définitivement. Tout d’abord la pression indépendantiste a fait exploser le panorama politique local. C’est ainsi que le CiU (Convergencia i Unio, une coalition de 2 partis nationalistes catalans, Convergence Démocratique de Catalogne & Union Démocratique de Catalogne) actuellement au pouvoir en Catalogne s’est dissous en juin dernier, miné par les divergences sur la question de l’indépendance. Cette dissolution a entraîné la convocation d’élections générales en septembre 2015.

Pour l’occasion une nouvelle formation, Junts Pel Si (Ensemble pour le Oui) a vu le jour. Il s’agit d’une formation issue de la société civile à laquelle se sont joints Convergence Démocratique de Catalogne (ex CiU, centre droit) et Esquerra Republicana (Gauche radicale). L’objectif de Junts Pel Si est sans ambigüité et prône l’indépendance de la juntspelsiCatalogne:

« gagner les élections-plébiscite du 27 septembre et construire un nouveau pays pour améliorer la vie des gens. Nous voulons parvenir à la pleine souveraineté. »

Ce mouvement présente quelques caractéristiques frappantes. Tout d’abord s’il est clairement issu de la société civile (2 des 4 candidats en tête de liste n’appartiennent à aucune formation politique) il a su rassembler des partis couvrant un large spectre politique (depuis la gauche radicate de Esquerra Republicana) jusqu’à Convergences Démocratique de Catalogne (centre droit) dont Artur Mas (le président de région sortant) est issu.

Ensuite elle a placé à sa tête Raul Romeva, un leader écologiste pour permettre à toutes les parties prenantes de faire consensus. Raul Romeva est un ancien membre de ICV (Iniciativa per Catalunya Verds) qu’il a quitté en janvier 2015, pour lequel il a été élu député européen entre 2004 & 2014. Il a siégé durant ses deux mandats au sein du groupe des Verts/Alliance libre européenne dont il a été vice-président de 2009 à 2014.

Il n’est pas sûr que Junts Pel Si obtienne une majorité absolue le soir du 27 septembre. Toutefois il pourra compter sur le soutien de petits parties de gauche comme CUP ou ICV qui eux aussi sont indépendantistes. Quand bien même il y aurait une majorité indépendantiste le soir du 27 septembre cette majorité devra faire face à une opposition farouche du gouvernement central espagnol qiu usera de toutes les ficelles légales pour empêcher une secession de la région catalane.

Toutefois il est intéressant de voir comment le sentiment indépendantiste issu de la société civile a rebattu les cartes au sein des partis politiques locaux et a conduit à l’émergence d’un mouvement qui transcende les divisions partisanes et couvre un spectre politique très large. La encore c’est le mouvement issu de la société civile qui a été moteur de changements et non les parties politiques qui se sont retrouvés de fait à la remorque du mouvement. C’est ainsi qu’Artur Mas,  l’actuel président de la Generalitat (gouvernement régional), ne se trouve qu’en 4ème position sur la liste Junts Pel Si derrière 2 femmes issus da la société civile.

Est-il possible qu’en France un mouvement citoyen transcendant les divisions partisanes puisse surgir autour de la question écologique et de la justice sociale? Au vue de l’expérience catalane c’est ce qui pourrait nous arriver de mieux.