DERNIÈRES NOUVELLES le 18/12/2015

La ville de Rueil a abandonné l’idée d’installer un tel système dans le futur éco-quartier. Mme Bouteille, adjointe au maire en charge de l’urbanisme et de l’écoquartier, nous en a informé lors de la réunion du comité de suivi de la mise en place de l’éco-quartier qui s’est déroulée en mairie centrale le 15 décembre dernier. L’article ci-dessous reste pour information seulement.

Lors de réunions publiques concernant l’Eco-quartier de l’Arsenal et encore récemment lors du conseil municipal du 2 avril 2015, Mr le maire de Rueil a évoqué la mise en place d’un système de collecte pneumatique des déchets dans le futur éco-quartier.

I/ D’où vient cette technologie et comment fonctionne-t-elle?

C’est en Suède que ce type d’installation a vu le jour il y a une cinquantaine d’année. La plupart des grandes villes suédoises sont aujourd’hui équipées. Puis l’Europe du Sud s’y est mise avec Barcelone à l’occasion des Jeux olympiques de 1992. Elle a ensuite été imitée par Bilbao, Séville, Valence, Carthagène. Lisbonne ou encore Copenhague se sont aussi lancées dans l’aventure. Ces installations sont souvent envisagées lors de l’aménagement de nouveaux quartiers ou de la rénovation de centres historique.

En France seul 2 projets de collecte pneumatique sont actuellement en opération à Issy les Moulineaux (92) et à Romainville (93). 3 sont en cours de construction à Paris-Batignolles, Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Descriptif et mode opératoire

Il existe plusieurs modèles de collecte pneumatique. Celui en place à Issy les Moulineaux n’est pas strictement identique à celui de Romainville mais globalement le système fonctionne selon le principe décrit sur le schéma suivant :

Collecte pneumatique: schéma de fonctionnement. Source: ville de Paris
Collecte pneumatique: schéma de fonctionnement. Source: ville de Paris

Extrait d’un reportage du JDD à Romainville le 26/11/2012

« Ces bornes sont installées à moins de 50 m des immeubles. Sur chaque point de collecte, deux types de vide-ordures. L’un, brun, est destiné aux déchets ménagers ; l’autre, jaune, à la collecte sélective (journaux, emballages, bouteilles plastique).

L’habitant fait son tri : il peut mettre directement ses déchets dans la borne ou y glisser un sac de 30 l maximum. Les déchets tombent dans un collecteur vertical enterré à 2,8 m de profondeur où – sous l’effet de l’air comprimé -, ils sont transportés à 70 km/h dans un réseau souterrain de 4 km vers un terminal de collecte. Là, ils sont compactés avant leur transfert vers un site de traitement. En un an, 824 tonnes d’ordures ménagères et 221 tonnes d’emballages recyclables ont été évacuées par ce nouveau système de collecte pneumatique. »

Points de collecte à Romainville
Points de collecte à Romainville

II/ Avantages de la collecte pneumatique

Sur le papier ce procédé présente des atouts non négligeables. Voici les principaux tels qu’ils sont mis en avant par les promoteurs de la collecte pneumatique.

Des avantages en matière d’hygiène

Fini les mauvaises odeurs dans les rues liées aux bacs poubelles qui ne sont plus déposés sur l’espace public, le rendant plus propre. Idem pour les locaux poubelles dans les habitations, ce qui offre une meilleure hygiène et un gain de place.

Baisse des émissions de CO2 liées à la collecte

La circulation des camions liée à la collecte des déchets et à leur traitement est divisée par près de trois. Une production de 700 kilos par an de CO2 est ainsi évitée. Quant aux usagers ils peuvent profiter d’un service disponible 24 heures sur 24 mettant fin aux problèmes de conteneurs qui débordent.

Un impact social positif

Les accidents de travail des agents ont également baissé, car ils ne sont plus exposés aux risques de la collecte par camion. Pour compenser la suppression des emplois chauffeurs et de rippeurs, la collectivité de Romainville a créé le métier d’ambassadeur des déchets assuré par six d’entre eux. Les autres sont affectés au terminal de collecte.

Nous avons rajouté un avantage qui n’est étonnement jamais cité par les promoteurs de cette technologie.

Collecte sélective des déchets fermentescibles

En théorie un tel procédé permet la collecte des déchets fermentescibles. Il suffit pour cela de prévoir les bornes de collecte pour cela. Collecter les déchets fermentescibles à la source représenterait selon nous une avancée significative en matière de tri car cela améliorerait la valorisation de ces déchets grâce notamment à la méthanisation.

III/ Inconvénients, limites & risques du procédé

Ce procédé présente cependant des inconvénients et des limites très sérieuses qu’il convient de bien mesurer avant de prendre la décision de procéder à un tel investissement.

A) limites dans la quantité de déchets collectés

Le verre ne peut être collecté car il est trop abrasif pour les tuyaux. Cela veut dire qu’il faudra malgré tout prévoir une collecte en camion traditionnel avec un bac pour le verre. Idem pour les encombrants que le procédé pneumatique ne peut pas prendre en charge.

B) Des questions concernant la qualité du tri

Comme l’explique l’article du JDD cité plus haut, les sacs de déchets sont compactés à l’arrivée dans le terminal de collecte. On peut donc légitimement s’interroger sur la qualité du tri des déchets recyclables. Une fois compactés comment peut-on trier les papiers, des cartons, de l’aluminium qui aujourd’hui font l’objet d’un tri sélectif post-collecte? Et de fait selon les associations écologistes de Romainville, en 2012, aucune benne de collecte sélective n’a été valorisée. C’est-à-dire que tout le contenu des bennes jaunes est directement acheminé vers les incinérateurs ou la décharge. Le maire de Rueil devra donc nous expliquer comment après compactage les déchets recyclables seront effectivement recyclés.

C) Risque systémique

Qu’arrive-t-il en cas de panne du système ? La photo ci-dessous montre les cas collecte-pneumatique-romainvilled’incivismes qui peuvent se produire à Romainville. Mais que se passe-t-il si le système de collecte tombe en panne ? Faut-il prévoir malgré tout des bacs de collecte traditionnelle au cas où ?

D) Un coût et un risque financier élevé

L’inconvénient no1 de ce procédé est son coût. A Romainville le système de collecte a coûté en 2011, 10,8 millions d’euros TTC. A l’époque Romainville était précurseur en France et la ville avait bénéficié de 5 millions € de subventions (Région IdF, Fonds national d’aménagement et de développement du territoire, Union Européenne, Ademe), 2.8 millions restant à la charge de la commune et 3 millions à la charge de l’agglomération.

A Vitry le coût initial du projet était de 26m d’euros.

Risque financier

Outre son coût élevé, un tel projet de par sa nature présente des risques de dérapage financier non négligeables comme l’explique le journal le Parisien dans un article de décembre 2014 consacré au projet de Vitry.

http://www.leparisien.fr/espace-premium/val-de-marne-94/l-aspiration-des-dechets-coutera-plus-cher-que-prevu-17-12-2014-4379395.php

La ville de Vitry a du voter une rallonge de 4m d’euros en décembre 2014 occasionnant un surcoût de 18% à ce projet qui n’est pas encore en service.

Pour en savoir plus sur le projet de Vitry je conseille la lecture du blog du conseiller municipal Bertrand Potier qui décrit très bien les aléas d’un tel projet. (http://bertrandpotier.hautetfort.com/collecte-pneumatique-des-ordures-menageres/).

Disparition des subventions

Le coût d’un tel projet pour Rueil risque d’être d’autant plus important que les subventions se sont raréfiées pour ce type de projet.

Aujourd’hui le conseil régional refuse de subventionner ces installations (notamment celle de Vitry en 2012) dans l’attente d’avoir un retour d’expérience.

Idem semble-t-il pour l’Ademe qui en 2012 était réservée sur cette technologie :

« Nous n’avons pas de présupposés négatifs sur cette technologie, mais on veut l’évaluer », explique Hervé Pernin, coordinateur du pôle déchets à la direction régionale de l’Ademe. Il serait de bon ton de réinterroger l’Ademe sur ce sujet pour connaître sa position aujourd’hui et ce préalablement à la décision d’investir.

Faute de subventions, la ville de Vitry va devoir assumer l’essentiel du coût des travaux, par un emprunt et en augmentant la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (Teom) de 5% par an jusqu’en 2017.

Des coûts d’exploitation élevés

Assez étrangement on ne trouve pas d’argument financier en faveur de ce système chez les promoteurs de la collecte pneumatique. Et pour cause !! A Romainville, au lieu des 180 euros la tonne d’ordures initialement prévus, Veolia a facturé 325 euros la tonne.

En plus d’être un investissement important pour la ville (donc pour nos impôts), la collecte pneumatique risque d’entraîner également une hausse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) des rueillois.

Des discussions politiques animées

Accessoirement on peut prévoir une discussion animée au niveau de la CAMV car le traitement des déchets est gérée par la CAMV. Nos amis suresnois et nanterriens seront-ils d’accord pour payer une telle infrastructure réservée à Rueil ?

E) Un système peu incitatif à la baisse du volume des déchets, baisse pourtant préconisée par la loi

A la vue de l’importance des coûts fixes d’investissements examinés plus haut un tel système ne peut être rentable que si la quantité de déchets reste stable. Si cette quantité diminue il risque d’y avoir une hausse mécanique des coûts d’exploitation puisque les frais fixes seront répartis sur une plus petite quantité de déchets collectés. La ville et les habitants ne seront donc pas incités à réduire leurs quantités de déchets sous peine de voir leur facture augmenter.

Or la loi du 3 août 2009 dite « Grenelle 1 » fixe des objectifs nationaux et globaux de diminution des déchets ménagers et assimilés (DMA) de 7% sur 5 ans. Ces objectifs ont d’ailleurs été repris par le Programme Local de Prévention des Déchets en cours de rédaction au niveau de la Communauté d’Agglomération du Mont Valérien. Mr le maire va donc devoir nous expliquer comment il peut à la fois s’engager sur une baisse du volume des déchets et mettre en place une infrastructure dont le modèle économique souffrira d’une telle baisse.

Le système de collecte pneumatique ne permettra pas non plus de récompenser les citoyens vertueux qui s’engageront dans une démarche volontaire de réduction des déchets puisque la facture sera payée également par tous, faute de pouvoir évaluer la quantité de déchets de chaque foyer.

Pour nous la meilleure façon in fine de réduire la facture des rueillois de collecte des déchets est d’en réduire le coût en incitant les citoyens à réduire leur quantité de déchets. C’est précisément ce que permet la redevance incitative individualisée par foyer.

La ville de Besançon a mis en place une telle redevance et les résultats sont là : 1 an et demi après l’instauration de cette mesure, la quantité de déchets par habitants était passé de 230 à 168 kgs par hb et la facture de collecte des Ordures ménagères pour les habitants avait diminué de 3%. Mais pour cela il faut bien évidemment rester sur une collecte individualisée par foyer.

 Conclusion

Un tel projet de collecte pneumatique des déchets présente à nos yeux de sérieux handicaps au 1er rang desquels on trouve le coût d’investissement très élevé et un risque important de surcoût in fine pour la facture des rueillois.

Document additionnel:

Hubert nous a envoyé une étude qu’il avait réalisé sur la collecte pneumatique dans un commentaire de cet article. Il nous a envoyé l’étude par PDF afin de rendre les tableaux plus compréhensibles. Vous pouvez la télécharger en cliquant sur le lien suivant: collecte pneumatique