Lors du dernier conseil municipal du 12 novembre nous avons été amenés à émettre unRepos-dominical2 avis sur « les dérogations au principe du repos hebdomadaire le dimanche matin proposées par le maire en 2016« . Il s’agissait de profiter de la loi Macron, récemment voter au parlement, pour permettre l’ouverture des commerces rueillois pendant 9 dimanches (au lieu de 5).

Vous trouverez ci-dessous le texte de mon intervention.

Je suis très surpris que cette municipalité apparemment si respectueuse de la famille et de ses valeurs ait pu mettre une telle délibération à l’ordre du jour de ce conseil municipal. Le maire et certains de ses adjoints ont été parmi les plus féroces pourfendeurs de la loi sur le mariage pour tous au nom de la préservation de certaines traditions familiales et le voilà qui passe une délibération fragilisant encore plus le repos dominical pour de nombreux citoyens.

La loi Macron donne la possibilité de déroger au principe du repos dominical. En aucun cas elle ne vous oblige Mr le maire à l’appliquer sur le territoire de la ville.

Notre législation permet déjà l’ouverture le dimanche pour un certains nombre de commerces Rueillois, permettant ainsi aux personnes qui le souhaitent d’exercer une activité rémunérée ce jour là.

Pourquoi vouloir encore accroître la pression sur de nombreux salariés en prises déjà avec des difficultés économiques et sociales importantes ?

Car à quoi assiste-t-on avec cette loi ? Tout simplement à la banalisation croissante de la journée du dimanche. Cette journée sacrée pour beaucoup de français dont de nombreux catholiques pratiquants devient de plus en plus un jour ouvré comme les autres. Je ne peux pas croire que les personnes qui travailleront le dimanche seront tous volontaires ou étudiants. Tous comme les commerçants n’auront bientôt plus le choix de ne pas ouvrir lorsque tous leurs concurrents resteront ouverts le dimanche, la concurrence à l’emploi dans notre société actuelle va exercer une pression terrible sur les employés et notamment les plus fragiles, ceux qui risquent d’être marginalisés s’ils ne se portent pas volontaires pour travailler le dimanche.

Pour ces familles mono-parentales ou a petits revenus le travail du dimanche peut avoir des conséquences désastreuses pour les enfants puisque ces derniers ne voient plus leurs parents et: la semaine il sont à l’école, le week-end l’un ou les parents travaillent. Ils sont alors laissés à eux-mêmes avec les conséquences négatives que cela peut avoir sur leur comportement social.

Et tout cela pour quoi monsieur le maire ?

« Pour retrouver de la croissance, Mr Poizat ».

Ah la croissance notre chère, très chère, trop chère croissance aujourd’hui disparue. Mais Mr le maire c’est un leurre que l’on cherche, c’est un mythe que notre société s’épuise à vouloir rattraper et qui malgré tous les sacrifices consenties (baisse d’impôts pour les entreprises, restrictions salariales pour les salariés, allongement de la durée du travail), ne fait que toujours disparaître au moment où on croit l’avoir atteinte. Un nombre croissant d’économiste s’accordent aujourd’hui pour dire que nous ne retrouverons jamais la croissance des 30 Glorieuses.

Alors pour conclure je citerai, une fois n’est pas coutume, Charles Beigbeder, entrepreneur et homme politique. Il conclut un article paru dans le Figaro en août 2014 par les phrases suivantes :

« Dans une société traversée par l’individualisme, la consommation à outrance et la perte des repères, le repos dominical est garant de la solidarité des liens familiaux et fraternels et ouvre l’homme à sa dimension spirituelle et contemplative ». Il poursuit : « sans cette boussole du repos dominical, on donnerait raison à Bernanos qui prophétisait à juste titre que «la civilisation moderne […] est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure». »

J’appelle donc à voter contre cet avis.